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  • Stéphanie Dupuy

LA NATURE COMME CANEVAS

DE MAIN DE MAÎTRE — Quand on pense architecture, on pense structure, construction, art de concevoir et de créer. Bien que pratiqué par l’humain, cet art ne sera jamais mieux maîtrisé que par Mère Nature elle-même. La nature crée de façon parfaitement entière. Aucun détail n’est laissé au hasard, chaque élément a sa raison d’être. Toute l’ingéniosité de l’être humain réside dans sa capacité à adopter cette nature et à la façonner sans pour autant l’altérer. Voici trois exemples viticoles où la nature a joué le rôle d’un formidable canevas.

LES COLLINES DU PROSECCO

L’aire d’appellation du Prosecco de Conegliano et Valdobbiadene en Vénétie, dans le nord-est de l’Italie, abrite une succession de collines aux pentes abruptes (d’une inclinaison supérieure à 30-40°) sur une superficie d’un peu plus de 90 km². Aussi impressionnant et improbable que cela puisse être, ce superbe paysage accidenté abrite des forêts et de petits villages, mais aussi et surtout de petites parcelles de vignes disposées en étroites terrasses appelées ciglioni. Bien que ces lieux aient été façonnés par l’être humain depuis un peu plus de deux siècles, leur topographie particulière, les reliefs et l’intégrité du paysage ont été préservés entre autres par le travail entièrement manuel qui s’y fait. Tout ceci fait des collines du Prosecco un paysage viticole d’une grande singularité et qui, depuis juillet dernier, est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.


Collines du Prosecco, ©italymagazine.com


LES CLIMATS DU VIGNOBLE DE BOURGOGNE

Ne vous méprenez pas, le mot climat ici ne fait aucunement référence à la météorologie, mais bien à un terroir viticole précisément délimité dans un langage typiquement bourguignon. Autrement dit, chaque climat de Bourgogne correspond à une parcelle de vigne qui bénéficie d’un sol, d’une exposition, d’une topographie et d’un microclimat précis et différents de ceux de la parcelle voisine. Conséquemment, un vin issu d’un climat sera entièrement différent de celui provenant du climat voisin, et sa qualité déterminera sa place dans la hiérarchie des crus (premier cru ou grand cru). Délimité par des clôtures, des murets de pierres et des chemins, ce découpage qui fait penser à une architecture d’une précision infinie est le résultat d’expériences et de savoir-faire vignerons remontant au-delà du Moyen-Âge. La Bourgogne compte à ce jour 1 247 climats, dont certains célèbres, tels que Romanée-Conti, Clos de Vougeot, Corton, Échezeaux, Montrachet… Chose certaine, chacun d’entre eux lie intimement le vin au lieu géographique d’où il provient.


« En Bourgogne, quand on parle d’un Climat, on ne lève pas les yeux au ciel, on les baisse sur la terre. »

– Bernard Pivot, journaliste et écrivain



Climats de Bourgogne ©AdobeStock

LES KOULOURA DE SANTORIN

Santorin, ou la « perle des Cyclades », est un archipel grec d’environ 250 îles au sud de la mer Égée qui fait rêver par son architecture singulière. Ses maisons aux couleurs du drapeau national et aux murs de chaux arrondis s’adaptent à l’environnement en épousant la forme parfois abrupte du terrain. Sur cette île volcanique, la viticulture est pratiquée depuis plus de 3 500 ans, et la particularité architecturale des lieux ne s’arrête pas au construit, mais se reflète aussi dans les vignobles. Le soleil de plomb, l’absence quasi totale de pluie (à peine une trentaine de millimètres durant l’été), les vents violents et les sols volcaniques de cendres et de pierre ponce d’où la matière organique est absente pourraient en faire à première vue un environnement impropre à la culture de la vigne. Or, de sublimes vins majoritairement blancs y sont faits, et ce, principalement grâce à une minutieuse méthode de conduite de la vigne appelée kouloura. Au fil des millénaires, les viticulteurs ont développé une technique de tressage de la vigne qui fait en sorte que les sarments enroulés sur eux-mêmes forment un panier posé directement sur le sol. L’humidité de la rosée matinale et de la brise marine est captée par le panier, et les raisins qui y poussent sont protégés du vent et du soleil. Cette tradition viticole ancestrale de Santorin est un bel exemple où l’être humain a su modeler la nature d’ingénieuse et de respectueuse façon.



Kouroula ©Tramon Ana, iStock

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Stéphanie Dupuy | Montréal | 514 774.7374 | sommeliereadomicile@gmail.com
©2018 Stéphanie Dupuy