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  • Stéphanie Dupuy

BOIRE CHEZ NOUS

Nul ne pourra dire le contraire, 2020 nous a jusqu’à maintenant réservé son lot de surprises. Chacun à sa façon a dû revoir ses habitudes, ses méthodes de travail, ses priorités. Pour beaucoup, la notion de temps s’est transformée. Certaines réalités jusque là restées plutôt anonymes ont été mises en lumière. Nous avons collectivement pris conscience de plusieurs choses, dont l’importance d’encourager nos artisans et producteurs locaux. À la suite de l’appel fait aux Québécois de consommer localement, les ventes de vins du terroir ont bondi de 60%. Cette augmentation s’élève à près de 80% en ce qui concerne les spiritueux d’ici. Ces hausses impressionnantes sont la preuve d’une chose: les produits d’ici sont bons, tout simplement. Pas étonnant, quand on connait l’ampleur de la passion et du talent des producteurs de chez nous.


Les spiritueux ont sans contredit le vent dans les voiles. En 2015, le Québec comptait environ 10 microdistilleries. Aujourd’hui, une soixantaine de permis de distillation sont attribués à des entreprises à travers la province. Preuve aussi de l’engouement, une formation “développement de produits des terroirs” est offerte au CÉGEP de Saint-Félicien depuis deux ans. On y enseigne entre autres, la fabrication d’eau-de-vie et d’alcools fins obtenus par distillation. 

Si encore de nombreux distillateurs se procurent leur alcool neutre de base chez un fabricant ontarien, l’intérêt grandissant des Québécois à consommer des spiritueux d’ici encourage la réflexion déjà entamée de certains artisans à repenser leur façon de faire. Ils sont de plus en plus nombreux à offrir ou à vouloir offrir bientôt des produits 100% locaux, du grain à la bouteille, en passant par tous les aromates. Pour appuyer ce changement, la SAQ a même revu son affichage. L’étiquette “origine Québec” qui identifiait tous les produits d’ici est désormais divisée en trois catégories; “origine Québec” demeure pour les produits dont tous les ingrédients proviennent du sol québécois, “préparé au Québec” identifie les alcools conçus à partir d’ingrédients d’ici et d’ailleurs, et finalement “embouteillé au Québec” s’applique aux produits assemblés et mis en bouteilles par une entreprise locale. 


Si on combine les catégories “origine Québec” et “préparé au Québec”, c’est plus de 180 spiritueux bien de chez nous qui peuvent être retrouvés sur les tablettes de la société d’État. De quoi garnir entièrement et fièrement le bar de n’importe quel mixologue amateur. De la vodka à la crème de menthe en passant par le rhum, le whisky, les crèmes, liqueurs amères, sucrées et autre, le savoir-faire québécois ne fait aucun laissé pour compte! 


En ce qui concerne les vignerons de chez nous, ils sont des pros de l’adaptation. En plus des hivers rigoureux, ils doivent composer avec le défi que représente une saison estivale qui va à toute vitesse. Une semaine de chaleur intense en mai, suivie d’un gel soudain sont des situations de plus en plus courantes qui vont de pair avec les sautes d’humeur de Mère Nature. D’autre part, l’arrivée plus tardive des froids l’automne a permis d’allonger la saison viticole d’environ 20 jours au fil des 30 dernières années. Résultats, puisque les fruits ont plus de temps pour mûrir, le sucre et l’acidité s’y retrouvent en un meilleur équilibre et les vins n’en sont que meilleurs. Parce que ce réchauffement offre aussi l’opportunité de planter autre chose que des cépages hybrides, on voit de plus en plus de vignerons cultiver des variétés vitis vinifera comme le Chardonnay, le Pinot noir, le Pinot gris ou le Gamay. D’autres variétés émergent aussi tranquillement. Gardez l’oeil ouvert pour la Petite Perle, un cépage encore méconnu, mais au grand potentiel qui nous vient d’un programme d’hybridation du Minnesota. 


Aussi signe que la viticulture au Québec est en pleine évolution, la certification Indication géographie protégée (IGP) vin du Québec est reconnue depuis novembre 2018 par le MAPAQ. À l’instar des appellations d’origine protégée des vignobles européens, les producteurs qui souhaitent apposer cette mention sur leurs vins doivent se conformer à un cahier de charge strict et précis permettant ainsi de protéger la typicité des vins d’ici.

Malgré tout, certains consommateurs sont encore frileux à consommer des vins d'ici. La clé selon moi pour bien apprécier le vin québécois? Arrêter de le comparer à ce que l’on connait. Les terroirs du Québec n’ont rien à voir avec ceux de France ou d’ailleurs, et il en va de même pour ses vins qui ont leurs propres identités. 


Domaine du Nival ©@domainedunival Instagram

La SAQ offre un bel éventail de vins et de spiritueux d’ici, mais je vous promets que vous dégusterez et apprécierez un produit de façon bien différente après avoir rencontré son producteur et marché sur le sol d’où il vient. Le territoire québécois est divisé en sept régions viticoles distinctes regroupant plus de 140 vignobles. Vin blanc, rosé, rouge ou orange, toute la palette de couleur y est! Bien que j’aie pris l’habitude de toujours laisser ici trois suggestions de produits à découvrir, je prend cette fois le pari d’avoir piqué votre curiosité et de vous avoir donné envie de célébrer les artisans d’ici. Alors je ne donnerai qu’un seul conseil; ouvrons nos horizons et sortons goûter les vins et spiritueux de chez nous, ils sont à la porte d’à côté! 

Santé! 

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Stéphanie Dupuy | Montréal | 514 774.7374 | sommeliereadomicile@gmail.com
©2018 Stéphanie Dupuy